Les semaines suivantes, la pompe tourna en continu jour et nuit.
Wilhelm et deux paysans se relayaient pour alimenter la chaudière en bois et surveiller la pression.
En deux semaines , le niveau de l'eau dans la mine avait baissé de quinze mètres en deux semaines.
? C'est incroyable, ? dit Gregor en regardant dans le trou. ? On voit le fond maintenant. ?
? Encore deux semaines et la mine sera totalement vidée. ?
? Après, on va extraire le charbon. ?
Mais en attendant, je m’attelle à autre chose, l'agriculture.
Mon domaine produisait bien mieux que la plupart. Mais ce n’était pas assez à cause du manque d'eau.
Les champs dépendent entièrement de la pluie donc quand la pluie tombe, les récoltes poussent . Sinon, c’est la sécheresse.
? Gregor, ? dis-je un matin, ? a combien s'éleve notre rendement par hectare sur le blé ? ?
? Environ quatre boisseaux, monseigneur. ?
? Quatre ? ?
? Oui. C'est bon pour la région. ?
? C'est pitoyable tu veux dire . ?
Il fron?a les sourcils. ? Monseigneur ? ?
? Quatre boisseaux par hectare, c'est ridicule. On devrait en faire le double ou le triple, même. ?
? Comment ? ?
? Avec de l'eau qu'on achemine régulieremment. ?
? Mais... il pleut quand il pleut, monseigneur. On ne peut pas contr?ler ?a. ?
? Non. Mais on peut faire de l’irrigation . ?
J'avais déjà construit un petit canal de trois cents mètres allant de la rivière jusqu'aux champs mais c'était trop petit. J’avais envie de plus.
Des canaux en pierre, avec des écluses pour contr?ler le débit et des rigoles pour distribuer l'eau uniformément. Un peu comme pour les romains mais adapté à ce monde.
J’ai dessiné les plans que Gregor regarda, sceptique.
? C'est... ambitieux, monseigneur. ?
? Je sais. ?
? Combien ?a va co?ter ? ?
? Trente couronnes, peut-être quarante. ?
Il siffla. ? C'est beaucoup. ?
? Oui, mais si ?a marche, on va doubler nos rendements et peut-être plus. ?
? Et si ?a ne marche pas ? ?
? Alors on aura perdu trente couronnes. Mais je suis s?r que ?a va marcher. ?
Il me regarda longuement. ? Vous êtes fou, monseigneur. Mais... vous avez réussi avec la pompe. Alors peut-être que vous réussirez avec ?a aussi. ?
? Merci, Gregor. ?
La construction commen?a deux jours plus tard.
J’ai embauché vingt paysans pour un salaire de trois couronnes par semaine chacun. avec pour condition de travailler dur, de prendre des pauses régulières et nous en retour on leur fournit la nourriture et le respect .
On creusa à la main, la pioche et la pelle, des tranchées de deux mètres de large, pour un mètre de profondeur.
C'était épuisant. Le sol était dur par endroits, et rocailleux ailleurs. Mais les paysans travaillaient avec ardeur, ils me faisaient confiance.
? Monseigneur, ? dit Thomas un jour en s'essuyant le front, ? pourquoi vous faites tout ?a ? ?
? Tu entends quoi par tout ?a ? ?
? Ces canaux, cette pompe.Vous êtes noble, Vous pourriez juste vivre de vos rentes. ?
? En fait , les rentes ne suffisent pas. Et puis... ? Je réfléchis. ? je veux que les choses s'améliorent pour tout le monde. ?
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Il me regarda, surpris. ? Tout le monde ? Même nous ? ?
? Surtout vous. Si vous prospérez, je prospère c’est aussi simple que ?a. ?
Il sourit. ? Vous êtes vraiment bizarre, monseigneur. Mais c'est bon d'avoir un noble bizarre. ?
On posa des pierres une par une, cimentées avec un mortier fait de chaux et de sable.
Le travail était méticuleux. Chaque pierre devait être bien placée pour que le canal soit étanche.
Je supervisais cela personnellement, en essayant de corriger si nécessaire.
? Ici, la pierre est mal alignée. Recommence. ?
? Oui, monseigneur. ?
C'était très long. Il a fallu quatre semaines pour le canal principal d’un kilomètre et deux semaines de plus pour les rigoles secondaires. Il en a fallu dix en tout pour distribuer l'eau dans chaque parcelle.
Et trois jours pour les écluses en bois renforcé afin de contr?ler le débit selon les besoins.
Lise venait souvent observer. Elle s'asseyait sur un rocher et me regardait travailler.
? C'est encore une de tes inventions ? ? demanda-t-elle un jour.
? Pas vraiment. Les Romains faisaient ?a il y a deux mille ans. ?
? Les Romains ? ?
? Un ancien empire. Sur... ? Merde, je pouvais pas dire "sur Terre". ? bref, peu importe. L'idée, c'est que l'eau est la clé de tout. Si on arrive à contr?ler l'eau, on contr?le les récoltes. ?
? Et quand ce sera le cas ??
? On ne mourra plus de faim , on pourra nourrir plus de gens et vendre les surplus pour se faire de l'argent. ?
Elle sourit. ? t'es toujours entrain de rever grand. ?
? C'est mon défaut. ?
? Ou ta plus grande qualité. ?
Elle se leva, s'approcha et m'embrassa sur la joue.
? Je t'aime, tu sais. ?
? Je le vois un peu plus chaque jour, ma douce . Moi aussi je t’aime. ?
Six semaines plus tard, le réseau était terminé. Un canal principal de kilomètre avec dix rigoles et quatre écluses. pour un total de trente-deux couronnes dépensées .
? On teste ? ? demanda Gregor.
? On passe au test. ?
J'ouvris la première écluse et l'eau de la rivière s'engouffra dans le canal jusqu'à le remplir. puis l'eau coula vers les champs.
Les rigoles se remplirent à leur tour ,distribuant l'eau uniformément dans chaque parcelle.
Les paysans regardaient le résultat de leur labeur , fascinés.
? ?a marche, ? murmura l'un d'eux.
? Oui. ?a marche. ?
? Monseigneur, ? dit Thomas, le vieux paysan, ? c'est... c'est magnifique. ?
? Merci, Thomas. ?
Les mois suivants, les résultats furent spectaculaires. Les récoltes explosèrent, le blé doubla de quatre boisseaux par hectare à huit, les légumineuses aussi, l'orge, toute les recoltes ont eu leur production doublée.
Les paysans n'en revenaient pas et la nouvelle se répandit.
Les paysans des domaines voisins venaient par dizaines pour voir.
? C'est vrai que vous avez doublé vos rendements, monseigneur ? ?
? C'est exact ?
? Comment ? On veut savoir. ?
? Avec de l'eau distribuée uniformément dans les champs. ?
Certains hochaient la tête, impressionnés ,d'autres prenaient des notes et d'autres encore semblaient sceptiques.
? On peut faire pareil chez nous ? ?
? Bien s?r. Si vous avez une rivière ou un ruisseau proche et que vous êtes prêts à travailler dur. ?
? Vous pourriez nous aider, monseigneur ? ?
Donner trop d'informations gratuitement, c'était stupide. Mais refuser complètement de les aider , reviendrais à créer de la méfiance.
? Je peux vous montrer les principes de base mais je ne révèlerai pas tous les détails techniques. Compris ? ?
? Compris, monseigneur. ?
Je leur ai montré comment tracer un canal, quelle profondeur creuser ou comment poser les pierres.
c'était suffisant pour qu'ils réussissent, mais il en faudra plus pour qu'ils copient mon système.
Le savoir, c'est le pouvoir. et il était hors de question que je donne mon pouvoir gratuitement.
Certains me remerciaient avec effusion et d'autres m'ont apporté des cadeaux comme du pain, du fromage et de la viande fumée.
Un vieux fermier, les larmes aux yeux, me dit : ? Monseigneur, vous êtes un sage.Que Dieu vous bénisse. ?
? Je suis pas un sage, ? répondis-je. ? seulement quelqu'un qui réfléchit au bonheur de son domaine. ?
? Non, monseigneur, vous êtes Le Sage. C'est comme ?a qu'on vous appelle dans les villages. Le Sage de Rothfeld. ?
Le Sage, je souris malgré moi. C'était ridicule mais si ?a aidait ma réputation, tant mieux.
Trois mois après l'inauguration du réseau, un émissaire est arrivé au domaine.Un homme bien habillé, dans la quarantaine avec un air important.
? Baron Rothfeld ? ?
? Oui. ?
? Je suis Matthieu, secrétaire du comte de Falkenheim. Le comte souhaite vous rencontrer. ?
Mon c?ur bondit. Le comte, à nouveau.
? Pour quelle raison ? ?
? Il a entendu parler de vos... améliorations agricoles. Il souhaiterais en discuter avec vous. ?
? Quand ? ?
? Demain à son chateau. ?
? J'y serai. ?
Le lendemain, je me rendis au chateau du comte. Un batiment imposant en pierre grise, entouré de douves et de murailles. Je fus conduit dans une salle de réception.Le comte m'attendait, assis derrière un grand bureau en chêne.
? Baron Rothfeld. ?
Je me suis incliné. ? Excellence. ?
? Asseyez-vous. ?
? J'ai entendu des choses intéressantes sur vous, ? dit-il.
? Bonnes ou mauvaises ? ?
Il sourit légèrement. ? Les deux. J'ai entendu parlé du succes de votre pompe à vapeur ainsi que de la maniere dont vous avez pris la défense de votre épouse. ?
? Merci, Excellence. ?
? Mais ce qui m'intéresse aujourd'hui, ce sont vos rendements agricoles. On m'a dit qu'ils ont doublé. ?
? C'est exact. ?
? Comment ? ?
? Grace à l’irrigation et la distribution uniforme de l'eau. ?
? Et ?a fonctionne vraiment ? ?
? Ouiii. Mes champs produisent huit boisseaux par hectare maintenant comparé à quatre auparavant. ?
Il se pencha en avant. ? Impressionnant. Et pourriez vous enseigner cette méthode à d'autres ? ?
? Oui, moyennant rémunération bien sur. ?
Il rit. ? Toujours pragmatique, Rothfeld. J'aime ?a. ? Il réfléchit. ? Voici ma proposition. Vous aidez les fermiers de mon comté à améliorer leurs rendements et en échange, je vous verse dix pour cent des surplus générés. ?
Si les rendements du comté doublaient, ?a représentait des milliers de boisseaux supplémentaires. Dix pour cent de ?a...
? Marché conclu, Excellence. ?
On se serra la main.
Cette nuit-là, j'ai écrit dans mon journal.
Journal. Jour 570.
Trois mois sont passés depuis le test de la pompe.
La mine est presque vidée et Le charbon sera bient?t accessible.
J'ai construit un réseau d'irrigation et mes rendements ont doublé. Les paysans des autres domaines viennent me voir et me demandent conseil. Certains m'appellent "le Sage".
Je ne suis pas un sage mais si ce titre m'aide à gagner leur respect et leur confiance. Le comte m'a proposé un contrat. Aider les fermiers du comté en échange de Dix pour cent des surplus. Si ?a marche, je vais devenir vraiment riche.

