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Chapitre 22 Tir à trois points

  Je n'ai pas le temps de pleurer mon loot fondu.

  CLANG.

  Des portes en acier, comme des portes de coffre fort, tombent derrière moi. Le son fait vibrer mes dents.

  Le chemin s'élargit en une arène circulaire. Au centre, une mare de boue bouillonne.

  Pschh-CLANK. Pschh-CLANK.

  Une machine s'extrait de la vase. C'est un cauchemar industriel. Une cuve en laiton cabossée, parsemée de carapace chitineuse, montée sur huit pattes d'araignée hydrauliques. Sauf que les pistons ne sont pas en acier. Ce sont des muscles écorchés, rouges, qui se contractent entre les plaques de métal.

  Et au centre de la cuve, derrière un hublot en verre épais... un ?il géant, injecté de sang, flotte dans un liquide rouge qui tourbillonne. Il pivote frénétiquement et se fixe sur moi.

  ? APA ? C'est quoi ce délire ? ?

  ? Gardien Bio-Mécanique ! Niveau : C-courrez ! ?

  La machine ne perd pas de temps. Elle bondit. Une tonne de métal et de viande s'abat là où je me tenais une seconde plus t?t.

  Le souffle de l'impact me jette à terre. Je roule dans la boue, évitant de justesse un jet de vapeur br?lante qui fait fondre la roche.

  Je me relève en glissant. Je suis coincé.

  ? Scully ! Aide-moi ! ?

  Elle flotte au-dessus de la mêlée, hors de portée, se limant les ongles avec une indifférence royale.

  ? Pourquoi ? Tu t'en sors très bien. Regarde-le, il est mignon avec son gros ?il. Et puis, "Pas de spectacle sans justification théatrale". Fais de ton mieux, hihi. ?

  La machine charge à nouveau. Vapeur et huile noire giclent de ses joints à chaque pas. Elle lève une pince en acier grosse comme mon torse.

  Je suis acculé contre la porte verrouillée. Je n'ai nulle part où aller.

  La panique se transforme en rage. Je pointe un doigt tremblant vers mon familier.

  J'ai réfléchi à cette théorie depuis notre pacte. Je n'ai aucune preuve, mais j'ai un instinct de survie. Je tente le tout pour le tout.

  ? SI JE CRèVE, TU RETOURNES DANS LE NéANT ! ? je hurle, ma voix se brisant. ? TU PERDS TON ANCRE ! C'EST FINI LES VACANCES ! ?

  Scully se fige en plein vol. Ses ailes cessent de battre. Elle descend lentement à mon niveau, ignorant le monstre qui s'apprête à me broyer.

  Son visage n'est plus joueur. Il est froid.

  ? C'est un argument... recevable. Mais ce sera du 50-50. Un peu de nerf, mon Murphy, hihi. ?

  ? ?a veut dire quoi ?a ? Tu vas le tuer à moitié ? ?

  Elle sourit, dévoilant toutes ses dents pointues.

  Scully tourne la tête vers le Gardien. Elle lève sa petite main squelettique.

  CLAC.

  Elle claque des doigts. Le son est sec, absolu, l'écho dure longtemps, déformé par la magie.

  Autour du Gardien, des débris de métal tordu s'élèvent, nimbés d'une aura violette indigo. Ils tourbillonnent et fusionnent pour former des barbelés incandescents. Des cha?nes du Néant.

  The author's narrative has been misappropriated; report any instances of this story on Amazon.

  Les barbelés foncent. Ils s'enroulent autour des pattes gauches et droites de la machine. Ils se tendent. Et ils tirent.

  SCREEEEEECH.

  Le métal hurle. La chair se déchire.

  La machine est stoppée net dans son élan. Les cha?nes se tendent. Les muscles-pistons explosent sous la tension. De l'huile et du sang giclent en geyser.

  Le Gardien s'effondre

  ? Voilà, ? dit Scully en remontant vers le plafond. ? J'ai servi l'apéritif. Le plat de résistance est pour toi. ?

  Je souffle, soulagé... trop t?t.

  La machine n'est pas morte. Elle rampe. Et sa pince avant, celle en pur métal, est encore libre.

  Elle pivote le torse. La pince décrit un arc de cercle violent, à ras du sol.

  Je la vois venir. Je saute.

  Pas assez haut.

  CRACK.

  Le métal me cueille en plein vol, au niveau des c?tes.

  Le monde bascule. Je ne touche plus le sol. Je vole sur cinq mètres et je m'écrase contre la paroi rocheuse.

  L'air quitte mes poumons. Ma vision se trouble. J'ai un go?t de cuivre dans la bouche.

  Je tente d'inspirer. Une douleur fulgurante me poignarde le flanc droit. Une c?te cassée minimum.

  Je me relève en titubant, une main sur mon flanc, crachant du sang dans la boue.

  La machine arme son bras pour un deuxième coup. Elle va me finir.

  Je fouille ma poche frénétiquement. Ma main se referme sur un objet lisse, chaud.

  La Pierre à Soupe. L'objet inutile du kit de bienvenue. Porte à ébullition n'importe quel liquide en 10 secondes.

  Je regarde le hublot fissuré. L'?il paniqué à l'intérieur qui nage dans son bocal.

  ? Allez... pour les Chicago Bulls... ou n'importe qui... ?

  Je cours. Chaque pas est un coup de poignard dans mes c?tes. Je glisse sous la pince qui revient. Je suis au sol, juste sous le hublot, dans l'angle mort.

  Je lance la pierre. Un petit lob désespéré.

  Elle monte. Elle tape le bord en laiton du hublot.

  Poc.

  Elle rebondit.

  Poc.

  Vers l'extérieur.

  Elle retombe vers moi.

  ? NON ! ?

  Réflexe pur. Panique totale. Je ne réfléchis pas.

  Je tends la main vers la pierre qui tombe, à dix centimètres de mon visage.

  ? BOULE DE FEU ! ?

  BOUM.

  L'explosion me br?le les sourcils et me jette en arrière, mais l'onde de choc frappe la pierre de plein fouet.

  Le projectile change de trajectoire, propulsé violemment vers le hublot.

  PLOF.

  Cette fois c'est dedans.

  Je rampe en arrière, le visage noirci, les cheveux roussis.

  1... 2... 3... 4...

  Le liquide rouge dans la cuve vire au rose fluo. Des bulles apparaissent.

  L'?il géant s'agite. Il comprend. Il cuit. La pupille se dilate, blanche de terreur.

  BOUM.

  La pression fait sauter le hublot.

  Une explosion de vapeur, de verre et de soupe d'?il br?lante inonde la salle. La machine pousse un dernier sifflement mécanique et s'effondre, inerte.

  Je reste allongé dans la boue, le souffle court, regardant le plafond invisible.

  ? J'ai mal... ?

  Je me force à ramper vers la carcasse fumante. Il faut que je vérifie. Il faut que je loot. C'est la règle.

  Le hublot est en miettes, mais un gros tesson de verre, encadré de laiton lourd, g?t au sol. Il est intact. Il vibre d'une énergie bizarre.

  Je le ramasse.

  A?e.

  Le bord est tranchant comme un rasoir. Je me coupe le pouce profondément. Le sang coule le long du verre.

  Ding.

  Une trompette mena?ante résonne avec un écho. APA me lit la notification.

  ? M-Murphy ! C-c'est violet. C'est un objet de classe épique ! Enfin... épique-Maudit. ?

  ? Soit c'est pour Scully, soit c'est pour me pourrir la vie. Par pitié, file-moi un truc utile. Lis. ?

  APA prend son ton le plus solennel.

  Objet : Le Miroir de Grimhilde (Modèle Défectueux) Rareté : épique (Maudit)

  Description : Ce miroir a été poli avec les larmes d'une méchante reine gorgone. Il est tranchant, peu maniable et désagréable au toucher.

  Effet Unique : Lorsque l'utilisateur regarde le miroir et formule mentalement un désir visuel absolu, le miroir se lie à ce désir. L'image affichée devient permanente et immuable.

  Exemple d'usage recommandé : Une version plus séduisante de vous-même. Votre amour perdu vous souriant. Un chaton.

  Attention : Le miroir ne peut plus jamais être modifié une fois le v?u formulé.

  Je regarde le tesson de verre. Un désir visuel absolu ? Je pourrais demander à voir la sortie. Je pourrais demander à voir ma famille sur Terre.

  Mais j'ai un problème plus urgent. Je lève les yeux vers le plafond de roche noire. Je sais ce qui se cache derrière, très haut, invisible pour moi.

  ? Je veux voir mes menus, ? je murmure. ? Je veux voir mon interface. ?

  Le miroir vibre. Une volute de fumée sort du verre. Et l'image change. Ce n'est plus mon reflet sale et barbu. C'est un ciel bleu azur. Et flottant dans ce ciel, à l'envers, des fenêtres bleues translucides.

  Je reste planté comme un idiot.

  ? Ce connard de miroir m'a pris au mot. Il ne m'affiche pas le HUD directement. Il m'affiche le ciel parce que le HUD est dans le ciel. ?

  Je me retrouve avec une tablette en verre cassé, qui me coupe les doigts, lourde, encombrante, et qui diffuse une lumière bleue d'un beau ciel d'été en plein milieu d'un égout. Mais je vois enfin mes PV : 305 / 669.

  ? C'est le système le moins ergonomique de l'histoire, ? je soupire. ? C'est parfait. ?

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