Athena lève une main spectrale. Pas d'imprimante magique ici. Elle pointe un vieux parchemin vierge sur une table et hurle. Un son bref, strident, qui me vrille les tympans. Le parchemin noircit instantanément. ?a fume. L'odeur de peau br?lée remplit la pièce. Les plans de la ville ne sont pas dessinés, ils sont pyrogravés par la haine.
Je saisis le parchemin. C'est br?lant.
? A?e ! Incroyable, merci pour l'impression laser ! ? je lache en jonglant d'une main à l'autre avec le papier fumant.
Athena m'ignore. Elle flotte vers mon épaule, ses orbites vides fixées sur Scully. ? Pistil... ? commence-t-elle d'une voix qui fait vibrer la poussière au sol. ? Je sens ta puissance, même réduite à cet état de bijou fantaisie. Au nom de notre ancienne sororité, aide moi. Aide nous à reprendre Caelum. ?
Scully ricane. Un son de grelot cassé, sec et mauvais. ? "Aide moi, aide nous." C'est mignon. Tu me demandais de l'aide pour tes devoirs en Manaburst Appliqué à la fac, et maintenant tu veux que je fasse le ménage dans ta ville ? ?
Elle marque une pause, purement sadique. ? Je vais y réfléchir. Mais si je le fais... je veux l'accès à la Réserve du Doyen. Tu sais, celle avec le bocal du fondateur ? ?
Le visage d'Athena se décompose. ? La Réserve... Tu OSES ? Après ce que vous avez fait ? ?
Scully hausse les épaules. ? C'est mon prix. Prends-le ou laisse-le. ?
Un silence. Long. Glacial.
Puis elle explose de rage. La température de la pièce chute de dix degrés en une seconde. ? TU N'AS PAS CHANGé ! VIL PISTIL ! SORTEZ ! MAINTENANT ! ?
? Hihi. ?
Une onde de choc nous frappe en pleine poitrine. On est propulsés vers la sortie comme des quilles de bowling. Scully n'est pas affectée, elle me suit en flottant avec un air satisfait. Je pars en arrière, les pieds décollés du sol. Mon dos percute violemment une vieille armoire d'exposition près de la porte. Le bois pourri cède, le verre vole en éclats. Une pluie de bibelots antiques me tombe sur la gueule. Un vieux cristal bleu rebondit lourdement sur mon front.
? A?e ! Putain ! ?
Je le chope par pur réflexe de crevard, je le serre contre mon torse, et je roule sur le c?té pour passer le seuil à quatre pattes. La lourde porte de bronze claque juste derrière mes talons. BAOUM.
On remonte les escaliers en silence. Charogne caresse le plan encore fumant comme un trésor inestimable. Moi, je frotte mes c?tes endolories. ? Sympa, la copine. "Pistil" ? Sérieux ? ? je murmure.
? N'utilise pas ce nom, Murphy. ? Un frisson me parcourt l'échine. Puis un mal de crane fulgurant me frappe, comme si Scully plantait des dents imaginaires directement dans mon cerveau. Je serre les dents pour ne pas crier. Message re?u.
L'escalier est interminable. La ville penche, les marches sont humides, et la gravité tire sur mes cuisses.
J'ouvre l'inventaire avec ma clé et j'y glisse le cristal.
? Objet non identifié, ? intervient APA. ? T-température de surface : 4 degrés. Fréquence de p-pulsation calée sur ton rythme cardiaque. V-veux tu tenter une analyse par léchage, M-Murphy ? ?
? Quoi ? Non ! ? je m'emporte à voix haute dans l'escalier. ? Pourquoi tu voudrais que je lèche un caillou radioactif ? ?
? L-la langue est l'organe le plus sensible pour détecter les f-fluides spectraux, Murphy. C'est dans le m-manuel. ?
? Ton manuel est débile, APA. ?
Pour oublier cette conversation absurde et l'odeur de hareng qui remonte, je regarde ma "nouvelle équipe". ? Hé, le FLC. C'est quoi l'origine de vos noms de code ? C'est pour faire peur ? ?
Charogne, devant, se racle la gorge. Un bruit de graviers dans un mixeur. ? C'est pas un code. C'est mon état civil. ? Il continue de grimper sans se retourner. ? Quand je suis né, mon père m'a regardé. Il m'a trouvé si laid qu'il a essayé de m'étrangler en criant "CRèVE, CHAROGNE !". Ma mère a trouvé que ?a sonnait bien. Elle a gardé le nom. Et le père est parti. ?
Un silence gêné, lourd et poisseux, s'installe dans la cage d'escalier. ? Ah... Super histoire, Charogne. Merci pour ce trauma dump, ?a met l'ambiance. ? Je me tourne vers l'elfe punk. ? Et toi ? Antichoc ? C'est parce que tu résistes aux explosions ? ?
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Elle rougit. C'est troublant de voir une elfe punk piquer un fard. ? Non... C'est... C'est un anagramme. ?
? Tu m'en diras tant... ?
? De mon vrai prénom. Conchita. ? Elle baisse les yeux sur ses bottes cloutées. ? Les gens se moquaient de moi à l'académie... Alors j'ai mélangé les lettres. Antichoc et mon look, ?a fait dur, non ? ?
Je cligne des yeux. ? Ouais. ?a fait dur. Très... percutant. ?
Je me tourne vers le dernier. L'humain nerveux avec sa ceinture à outils qui cliquète. ? Et toi ? Bob ? Laisse-moi deviner. Tu aimes bricoler, c'est ?a ? ?
Ses yeux s'illuminent dans la pénombre. ? Oh oui ! Je peux tout réparer ! Si on me donne les matériaux ! On peut le faire ! ?
Je soupire en essuyant la sueur de mon front. ? Oui, on peut le faire. C'est ?a. ?
Je m'arrête un instant pour reprendre mon souffle, les mains sur les genoux. ? Super... ? je rale entre deux bouffées d'air. ? Une banshee bipolaire, une pixie qui me bouffe le cerveau, un nain traumatisé et une elfe complexée... Je suis vraiment devenu le leader d'une garderie pour cas sociaux. ?
Bob, juste derrière moi, s'arrête aussi avec un grand sourire. ? Et moi, chef ! Vous m'oubliez ! On est une super équipe, on peut le faire ! ?
? C'est ?a Bob... On va tous crever, mais on le fera avec le sourire. ?
? On est arrivés ! ? lance Charogne en poussant la trappe de la cave. Ils remontent.
BIP BIP BIP BIP BIP.
Le bipper dans ma poche s'excite. Cinq vibrations courtes et agressives. Je le sors. Le petit écran à cristaux liquides verdatres défile à toute vitesse.
MANAGER RéGIONAL. éCHEC DE LA T?CHE : LIVRAISON QUATTRO FORMAGGI + ANCHOIS. PéNALITé APPLIQUéE : 5 DOOMLINGS DéPLOYéS SUR VOTRE POSITION. LA PROCHAINE FOIS, SOYEZ PLUS PONCTUEL.
Qu'est-ce que c'est encore que cette merde ? Une exécution sommaire pour une putain de pizza non livrée ?
Un grattement frénétique retentit derrière nous. Je pousse Bob brutalement pour sortir de la trappe et je la referme d'un coup de pied. à peine verrouillée, un POC vient frapper le bois depuis l'extérieur. Puis deux, trois, cinq. Scritch, scritch, scritch. Un chaos acoustique qui empêche de réfléchir.
Le bois éclate. Cinq trous parfaits se forment dans la porte de la trappe, crachant des échardes. Les créatures se faufilent et tombent sur le sol de la cave. Ce sont les fameux Doomlings. Des grosses balles de tennis couvertes de cuir, jaunes sur le dessus, rouges en dessous. Elles n'ont pas d'yeux, juste une bouche fendue d'une oreille à l'autre, remplie de petites dents de requin qui claquent. On dirait des Pokéballs démoniaques qui auraient attrapé un cancer du foie.
Ils rebondissent deux fois sur place, émettant un sifflement haineux, puis foncent sur nous. Un chacun.
Tout se passe en même temps. La violence de ce monde me saute à la gorge, et la réponse de mes idiots de collègues aussi.
Le premier Doomling saute vers mon épaule. Scully ouvre grand la machoire, bien au-delà des limites de son anatomie, et l'avale tout rond. GLOUP. Un nuage de fumée acre s'échappe de ses orbites. ? Ouh c'est épicé, j'aime bien, ? commente-t-elle en rotant un bout de cuir jaune.
Le Doomling qui m'a pris pour cible bondit vers mon entrejambe. Je hurle un cri très peu viril et trébuche en arrière pour m'affaler contre une caisse de munitions. La boule rebondit contre le bois et claque des dents.
Bob, l'humain nerveux, pivote sur lui-même. Il attrape son petit marteau qu'il tient à deux mains et swingue avec la précision d'un joueur pro de baseball. FWOOSH. CRACK. Le Doomling s'éparpille en confettis de sang contre le mur en pierre.
Le quatrième vise le visage de Charogne. Le nain ne bouge pas. La boule de cuir s'enfonce dans son épaisse barbe tressée et s'y empêtre. Le monstre ronge, coincé. Charogne lève calmement ses deux grosses paumes calleuses et claque des mains autour de son propre menton. SQUELCH. Il l'écrase comme un gros moustique.
Antichoc, l'elfe complexée, prend appui sur un tonneau, fait un salto avant parfait et atterrit les deux pieds joints sur son Doomling. SPLOTCH. Le bruit d'une tomate trop m?re sous une botte militaire. La technique Mario Bros validée.
Le silence retombe brusquement.
Ils se figent tous, couverts de sang de démon, et se tournent vers moi. Je suis toujours par terre, coincé contre ma caisse. C'est moi contre la balle de tennis cancéreuse, qui sautille maintenant sur place en sifflant, comme pour me narguer devant mon équipe.
Le Doomling s'écrase au sol pour prendre son élan et bondit vers ma gorge. J'attrape mon baton à deux mains comme une batte de fortune.
? M-murphy ! ? hurle APA dans mon crane. ? Nouvel e-effet passif déverrouillé ! Quand tu tiens le baton à d-deux mains, la régénération de mana est d-doublée ! 2 PM par t-tranche de... ?
? C'EST PAS LE PUTAIN DE MOMENT DE LIRE LE MANUEL, APA ! ? je beugle en fermant les yeux.
Je balance le baton de toutes mes forces. L'impact ne produit pas de CRACK, ni de FWOOSH. Il produit un bruit humide et collant. SCHLURP.
J'ouvre les yeux. Le coup a stoppé net. Le Doomling est accroché au bout de mon baton. Ses dizaines de dents de requin sont plantées dans le bois. Mais il ne ronge pas. Il ne gronde plus. Ses joues se creusent. Il est en train de téter mon arme.
Il boit la régénération de mana du baton. Il s'en sert comme d'un biberon magique. Il fait même des petits bruits de succion mignons. C'est l'image la plus humiliante de ma vie. J'ai un biberon démoniaque.
Je secoue le baton. La boule jaune et rouge reste fixée, totalement droguée au mana pur, heureuse comme un bébé.
La cave redevient silencieuse, brisée seulement par les slurp de mon arme.
Charogne s'essuie la barbe, les yeux ronds d'admiration. ? Ouah... Agent Entropie. Depuis le début tu observais son comportement. Tu ne voulais pas le détruire, tu voulais l'apprivoiser par l'usure des flux... C'est vraiment brillant. ?
Je regarde la balle de tennis qui me pompe la regen mana de mon bout de bois moisi. Je suis fatigué. ? Ahh... oui. C'est tout moi. Le ma?tre tacticien. ? Je lache un long soupir. ? Par pitié... appelez moi Murphy. ?
? Hihi. Regardez le grand tacticien et son nouveau doudou. Murphy, si tu lui donne un nom, je te mange une oreille. ?

