Combien de temps s'était-il écoulé ? Des semaines ? Des mois ? Elle l'ignorait. Chaque jour interminable qui passait se ressemblait. L'espoir l'avait quittée.
Depuis sa blessure, elle ne s'était pas levée. Elle n'en avait plus la force. Elle ne le souhaitait plus. Même en trouvant refuge dans le sommeil, les cauchemars la hantaient sans répit.
Un jour, comme n'importe quel autre jour, la porte s'ouvrit, et quelqu'un entra.
La suivante, très certainement. La jeune fille ne prenait même plus la peine de regarder vers la porte.
Pourtant, cette fois-là, ce qu'elle entendit la fit ouvrir les yeux en grand. Un mot, provenant d'une petite voix qu'elle ne connaissait pas encore.
— Maman ?
Elle cligna des yeux, incrédule. La porte se referma, mais de petits bruits de pas lui indiquèrent que la source de la voix était toujours présente. Elle tenta de tourner la tête en sa direction, mais ce fut comme si ses muscles ne lui appartenaient plus : elle n'y parvint pas. Un sentiment d'impuissance la saisit, et les larmes lui montèrent aux yeux.
Soudain, la petite présence s'agrippa au lit, puis atterrit sur celui-ci. Un enfant d'environ deux ans, aux cheveux et aux yeux argentés, était apparu près d'elle. Une suivante se tenait tout près de lui, vigilante.
La demoiselle voulut parler, l'appeler par son nom, mais aucun son ne quitta sa bouche. Sa gorge et ses lèvres étaient si sèches qu'elle en souffrait. Son visage se para d'une moue de tristesse.
Elle avait enfin la chance de le revoir, lui parler, le toucher, mais son corps refusait de bouger. C'était comme si tout son être la punissait, lui aussi.
L'enfant s'approcha encore, puis s'allongea contre elle.
— Maman… Tu es malade ? demanda-t-il, timidement.
Il la fixait du regard, avec autant de curiosité que d'incompréhension.
Enfin, elle parvint à articuler, dans un murmure
— Non… Je vais mieux, maintenant. Merci.
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Elle afficha un léger sourire, les yeux toujours humides.
Elle avait dit cela aussi bien à l'attention de son fils que de la suivante. Après l'avoir prise en pitié, celle-ci avait profité d'un moment d'inattention de l'Empereur pour lui amener son fils.
La captive poursuivit.
— Tu m'as manqué… Tu as tellement grandi… Tu veux bien me serrer dans tes bras ? Je n'y arrive pas…
Le gar?on ne se fit pas prier. Il la serra de toutes ses forces, et ils restèrent ainsi de longues minutes. La chaleur réconfortante de son petit corps enveloppa la jeune fille, qui sentait pour la première fois depuis longtemps sa respiration et son c?ur battre contre elle.
La suivante s'approcha. Elle prit délicatement l'enfant dans ses bras.
— Je suis désolée, mais il ne peut pas rester. Je… j'essaierai de le ramener. Soyez patiente, je vous en prie. Gardez espoir.
— Oh… à bient?t, maman ! répondit le gar?on, d'abord un peu dé?u, puis enjoué à l'idée de revenir.
Le chagrin submergea à nouveau la jeune fille, mais consciente de la situation, elle répondit simplement par un ? merci ?, avant d'être laissée seule à nouveau.
???
Les jours suivants, la suivante revint seule, sans qu'aucune des deux femmes n'osent jamais plus évoquer cet événement, comme pour éviter un mauvais présage.
La jeune fille, qui avait commencé à reprendre des forces, pouvait à nouveau se tenir assise.
Plusieurs dizaines de jours plus tard, la suivante revint finalement en compagnie du jeune Prince. Il grandissait presque à vue d'?il.
Lorsqu'il la rejoignit, elle put enfin le prendre dans ses bras, et éclata en sanglots. Elle ressentit une immense vague de soulagement, même si elle la savait brève.
— Maman, tu vas mieux ?
— Beaucoup mieux, grace à toi. Et toi, comment vas-tu ?
— ?a va.
— Est-ce qu'on est gentils avec toi ? Est-ce que… tu es heureux ?
— Oui, ?a va. J'apprends des choses. Mais, j'aimerais rester avec toi…
— Moi aussi, j'aimerais beaucoup… moi aussi…
Puis vinrent d'autres rencontres, de plus en plus rapprochées. La jeune fille allait de mieux en mieux. Elle put bient?t se lever et marcher.
Revoir son fils lui apportait enfin le peu de bonheur qu'il lui manquait pour vouloir continuer à vivre.

